La garçonnière

08 décembre 2020

Critique par Julien Renaud

La garçonnière m’a ému. Tant sur le fond que sur la forme.

Réglons la forme d’emblée. C’est le plus beau livre que j’ai lu. Je ne parle pas nécessairement de la couverture, bien que jolie, mais des pages intérieures. Une typographie que j’ai enregistrée dans mon livre de polices. Une alternance de mises en page: poèmes, mot seul, texte renversé sur le côté, pleine page du même mot, citations, dialogues. Un texte aéré, dans une forme qui surprend sans cesse et stimule l’intérêt. Une belle introduction à d’autres styles pour les lecteurs et lectrices de romans seulement.

Le fond, maintenant. L’histoire de Mara et Hubert, deux amis-amoureux-amants qui se privent d’une vie de couple, je l’ai côtoyée quelques fois. Je l’ai incarnée, y ai joué. Mon cercle d’amies s’accorde au féminin pluriel. Et l’entre-deux amour-amitié, avec toutes les craintes et tous les espoirs qui l’accompagnent, me connaît bien.

J’ai perçu trois tableaux dans ce roman, une version augmentée.

Le premier, plus poétique, plus lyrique, a décrit avec tellement de lucidité la beauté entière et inachevée d’une relation d’amitié qui en est aussi une d’amour. Mara et Hubert ne rejettent ni l’amour ni l’amitié; ils vivent pleinement les deux. Ils osent même la sexualité, le frein que je me suis toujours imposé. Ce qu’ils rejettent, en même temps et à tour de rôle, c’est de ne faire qu’un. Comme la métaphore du train aller simple Noranda-Péribonka qui demeure à construire, ils gardent chacun une «track». La pression sociale n’y est pour rien; ils en sont les uniques et entiers responsables. Selon son expérience de vie, le lecteur ou la lectrice compatira ou s’impatientera. Je suis du premier lot. Pour moi, c’est demeuré du beau, du magnifique, du grandiose, pendant de nombreuses pages. Du vrai, surtout. Je les chérissais. Je lisais avec le sourire, les étoiles dans les yeux et les papillons dans le ventre.

Ensuite, c’est devenu un peu plus malsain, «creepy» même, mais brièvement. Vous devinerez qu’un des personnages ne se satisfaisait plus d’une relation suspendue; il a voulu convaincre, provoquer et avoir des réponses. On le comprend; on le surveille.

Puis, ce personnage décroche, à notre surprise; et l’autre s’accroche, enfin. Trop tard? Un lien si fort ne s’efface pas; l’amour ne se dilue pas; l’amitié ne meurt pas; l’affection survit. Mais n’étant pas fréquentées, certaines gares, certaines destinations, sont relocalisées ou rayées de la mappe, bien que leur beauté nous nargue dans les hublots…

Ce livre fait du bien. Pas à chaque phrase, mais dans son tout. C’est en quelque sorte une ode à l’amitié et à l’amour. À l’affection. Mais c’est aussi un essai que l’auteure Mylène Bouchard nous livre. Une réflexion riche sur des thèmes qui auront toujours leur gare. Amour. Amitié. Relation. Affection. Espoirs et déceptions. Peurs et explorations. Noranda et Péribonka. Cafés et destins.

Les personnages, les lieux, le temps et le suspens sont tricotés avec délicatesse. L’auteure leur a tout donné.

À lire absolument. Merci, Mylène. Merci tellement.

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