Boadicée

16 octobre 2021

Critique par Micheline Poulin

À travers les pages à la fois émouvantes et chargées de faits historiques du livre de François Guilbault, j’ai découvert la femme derrière la reine. Je ne connaissais pas Boadicée. En fait, je n’en avais jamais entendu parler, mais avec un oeil tendre, l’auteur a su rendre la vie de son héroïne, de ses origines à son dernier souffle.

L’intrigue est réaliste et les faits historiques sont relatés de façon précise. À travers ces éléments plus rigides, Boadicée évolue de la gamine souvent espiègle, souvent soupe au lait, auprès de sa fratrie. Sa mère, une esclave icène, est morte en lui donnant la vie et elle est l’unique fille (illégitime) du roi des Catuvellauni, Cunobelin. Elle suit ce père partout, et ce chef modèle son esprit vif et curieux. Les tribus celtes sont souvent à couteaux tirés et pour la mettre en sécurité, on l’envoie chez les Icènes, où elle est promise au fils du roi. Elle épousera ce prince qui deviendra roi. Elle l’appuiera et l’aimera…

Il est captivant de saisir les points forts et les alliances des diverses tribus celtes en présence à l’arrivée des Romains, et les inimitiés et mésalliances qui existent depuis toujours. La Grande Île ne semble alors qu’un genre de «comptoir commercial sous protectorat», moyennant un tribut. Mais tout va changer alors que Claude Imperator doit se prouver par des faits militaires. Pourquoi pas conquérir l’intégrité de ces territoires? Un combat à la David contre Goliath.

«L’Icène sortait la lance pour chasser, la hache pour émonder les arbres et le couteau pour préparer de quoi se nourrir.»

«Sans moyen pour perpétuer et répandre leur culture, les Celtes se fondraient dans le monde de l’Empire romain.»

Le roman historique a un aspect romance, mais il est en majeure partie axé sur les us et coutumes des tribus celtes et ceux de Rome, de même que sur la politique et la gouvernance.

Je félicite l’auteur pour sa recherche sur Boadicée et sur la période historique au coeur de l’intrigue, qui débute vers 54 avant J.-C., alors que Jules César a foulé le sol de la Grande Île, mais surtout de 26 à 61 après J.-C.

J’ai apprécié le choc des deux cultures (les tribus celtes et Rome). Chez les Celtes, les guerres entre les tribus, la crainte des Romains, mais aussi l’indifférence et la naïveté de certains face à Rome. J’ai aimé les légendes, les rites, les druides, la magie de peuples qui vivaient avec la nature. J’ai aimé les références aux événements du calendrier, comme la fête de Samain. J’ai adoré les découvrir dans leur vie de tous les jours. Pour ce qui est de Rome, c’est l’organisation militaire, les fins stratèges, la politique, les bâtisseurs ayant déjà atteint un prodigieux niveau d’excellence. Ils débarquent avec leurs légions, construisent des aqueducs, des routes et des villes. Ils élèvent des temples. Ils asservissent. Ce sont les conquérants du monde de l’époque.

Boadicée, c’est aussi une incursion dans la royauté d’une femme qui ne recherche pas ce destin. Qu’est-ce que ça prend pour régner, pour être un bon roi, une bonne reine? Le personnage magnifique et magique de l’héroïne nous en apprend davantage sur les prérequis. L’intelligence et la compréhension de la gouvernance entre les peuples. La perspicacité. Un peu de ruse. Du courage, suffisamment pour prendre les armes ou refuser de les prendre, le cas échéant. Mais surtout il faut du coeur pour celle qui se tient seule à la tête d’un peuple, qui tient à assurer son bien-être, à maintenir les traditions, dans le respect et la bienveillance.

La plume de l’auteur est précise et la narration est omnisciente. Les descriptions sont percutantes; les péripéties, attendrissantes et tragiques. Les chapitres titrés sont courts et le texte est divisé en quatre parties, en plus du prologue et de l’épilogue. Les personnages sont tous d’importance et m’ont fait vivre des émotions, allant de l’attendrissement à la rage et au mépris.

J’ai adoré le roman Boadicée. J’y ai découvert le destin d’une vraie femme, extraordinaire et magnifique, la reine de deux peuples debout devant ses ennemis et devant Rome.

Et décidément, François Guilbault,  ils sont fous, ces Romains, mais fort bien organisés!

J’en recommande la lecture à tous les amateurs de romans historiques. J’ai vraiment beaucoup appris et le roman m’a sortie de ma zone de confort. Et je suis pourtant à l’aise dans ce genre!

Note: 20/20!

Quatrième de couverture:
«L’Histoire est remplie de femmes si puissantes qu’elles ont bouleversé leur époque et subjugué leurs contemporains. Des femmes brillantes, influentes, parfois sans pitié… De véritables conquérantes. Lorsque les légions romaines débarquent sur les côtes de la Grande Île, les guerriers celtes peinent à résister. Le sang coule. Les peuples se soumettent. Les représailles de la conquête sèment la rancoeur à tous vents. Boadicée, princesse des Icènes, est témoin de cette calamité. Amante du prince, femme du roi, mère des héritières, elle ne peut éviter son destin. Elle refuse de céder les terres des Icènes aux Romains. Les infamies qu’ils lui font subir font resurgir en elle toute la colère et la violence que la déesse Andrasta y avait enfouies. Boadicée appelle les peuples à la vengeance. Tout ce qui est romain doit disparaître de la surface de la Terre. Andrasta l’exige.»

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