Annihilation

03 novembre 2020

Critique par Émilie Morin

Annihilation» est ma première rencontre avec Jeff Vandermeer, et assurément pas la dernière. Premier opus de la Trilogie du rempart sud, Annihilation nous ouvre les portes d’un monde étrange, où la nature règne, et pas de façon paisible…

Dans un univers post-apocalyptique, une psychologue, une anthropologue, une surveillante et une biologiste (la narratrice) sont envoyées dans la mystérieuse Zone X. Représentant la 12e expédition à s’y rendre, les quatre femmes savent uniquement que les expéditions qui les ont précédées ne sont jamais revenues de leur périple, les trois dernières s’étant respectivement suicidées, entretuées et ayant été foudroyées par un cancer moins de six mois après leur retour de mission.

Le titre de ce roman porte bien son nom. Annihilé.e.s, c’est ainsi qu’on se sent lorsque l’on se plonge dans la lecture de ce petit bouquin pour le moins déroutant, qui nous fait perdre nos repères. Ne croyez pas qu’Annihilation raconte l’histoire d’un groupe de femmes; la notion de communauté, ici, n’existe pas. Malgré la nature de l’expédition, on sent, à travers l’oeil froid et méthodique de la biologiste, que c’est chacun pour soi, ce qui ajoute à la tension du récit. La narratrice raconte, sans émotion, ses impressions sur les trois autres femmes, mais on ne sait pas qui, entre elle ou ses compagnes, on a envie de croire et d’apprécier. Si les quatre protagonistes sont aliénées face à leur environnement, elles le sont aussi entre elles-mêmes, et le deviennent pour le lecteur ou la lectrice, qui n’éprouve pas nécessairement d’empathie pour elles. Annihilation est un livre qui suscite la curiosité, mais qu’on finit sans nécessairement avoir de réponses à nos questions, et je ne suis pas certaine que la suite de la trilogie amène ces réponses non plus. Après tout, qu’y a-t-il de plus annihilant que de découvrir un monde dont la vérité nous est inaccessible?

Difficile de situer ce roman, et difficile, donc, de savoir à qui le recommander! Je crois que c’est un cas de «on adore ou on déteste». Le style est lent, mais le mystère nous pousse à continuer. L’écriture de Vandermeer rappelle un peu celle de Shirley Jackson dans La dernière maison des Hill, au sens où la non-fiabilité de la narratrice, dans les deux récits, nous empêche d’accéder complètement à ceux-ci et nous laisse plongé.e.s dans le mystère. Dans les deux récits, nous sommes en présence d’une vie menaçante. Chez Jackson, c’est la maison qui prend vie; chez Vandermeer, c’est la forêt, et c’est ce qui rend le lecteur ou la lectrice mal à l’aise. Les termes organiques abondent, rendant la forêt vivante, tellement vivante qu’elle en devient une menace, se révèle mortifère.

Ceux et celles qui se laisseront emporter par Annihilation y découvriront sans doute un nouveau genre, loin des conventions littéraires habituelles. L’atmosphère que met en scène Vandermeer convient particulièrement à ce temps-ci de l’année, où les arbres sont morts, les soirées sombres, et où la nature semble nous avoir complètement abandonné.e.s à notre sort…

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