Découvrez les oeuvres finalistes et les commentaires des jurys!

Prix littéraires - Finalistes - 2026 - Jeunesse

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Catégorie Poésie / Théâtre

 

Dans les pages de Couchée bleue, Jessica Côté fait du corps, cet adversaire à dompter, une zone de mémoire, de résistance et de réconciliation. Sa poésie narrative, d’une concision minimaliste, s’immerge au cœur de la maladie et des blessures intimes avec une sobriété qui amplifie l’émotion plutôt que de l’alourdir. Le rythme des vers, la disposition graphique du recueil et la précision du langage soutenu révèlent une attention remarquable à la forme. Les images saisissantes qui jalonnent le texte transforment l’expérience traumatique en un processus de mise en mots et de libération cathartique. Les motifs graphiques en bleu prolongent cette introspection sur la fragilité et la persistance de la vie. Du regard inquiet porté sur soi jusqu’à l’élan d’espoir du dernier poème, l’autrice trace un parcours de résilience où la douleur n’efface jamais la possibilité d’un apaisement, d’une guérison. Ce recueil intimiste cultive la force intérieure et la renaissance par une parole poétique lumineuse.

À travers Cinéma, Stéphanie Tremblay replonge dans les années adolescentes avec un regard lucide et sensible. Le septième art, la relation père-fille et les tribulations d’un régime « sexe, drogue et rock’n’roll » s’amalgament dans un texte nostalgique, à la fois senti et drôle. Entre récit et poésie, l’autrice saisit la beauté dissimulée dans les zones les plus sombres, les plus laides : la rage, les excès et les élans de liberté. Les films évoqués dépassent la simple référence culturelle et deviennent des miroirs intérieurs auxquels l’autrice confère une signification personnelle. En explorant les couches métaphoriques du cinéma, les souvenirs qui émergent témoignent d’une capacité rare à vivre l’instant présent et à en saisir l’essence. La force d’évocation du texte se démarque par son rythme, sa fine acuité d’observation et son authenticité. La pureté des sentiments et l’honnêteté marquent le récit du début à la fin. Cinéma métamorphose un passé tumultueux en une œuvre vibrante, où l’énergie punk côtoie la vulnérabilité.


 

Catégorie Roman / Récit / Nouvelles

Présentée par les cégeps de la région

 

Expérience littéraire inédite inspirée de la sculpture homonyme de Louise Bougeois, Cumul I se démarque par ses thèmes actuels bien traités et par la qualité de l’écriture, trait distinctif de l’autrice. Les pensées intrusives de la narratrice, circulaires et obsédantes, entraînent une tension irrésistible. Ses commentaires sociaux, ses remarques acerbes et ses préoccupations de femme trans captivent les lecteurs, entraînés dans une spirale délirante. Par son discours en filigrane sur la perte des droits, l’œuvre revendique la liberté d’exister. Profond et politisé, ce roman rappelle la position de force de certaines autorités dans la façon de définir, de discuter et d’imposer l’identité. Ne donnant pas de réponses, il porte à réfléchir au regard de la société sur la transidentité, mais aussi sur l’art et son acte d’évaluation. Bulle de folie, cette fiction réussit à provoquer un délicieux sentiment d’inconfort grâce aux chemins d’énonciation troublés et jamais empruntés.

Tour de force linguistique, ce roman de Gabriel Marcoux-Chabot invente de toutes pièces un altermonde postapocalyptique avec ses repères, ses traditions, sa culture et sa langue renouvelée, le Godpèle. Au-delà de la renaissance d’une civilisation après les ravages du « Longcrisse », le questionnement sur l’écriture et la lecture, qui en est le corollaire, valorise l’importance de la création : la sculpture à la pelle, celle des mots et de ce qu’ils représentent dans la construction du réel, dans la transmission du senti et du tangible. Cette œuvre virtuose fait ressurgir un nouvel ordre ne ressemblant à rien d’autre. Elle nous emporte dans un pays de froid et de neige aux côtés de la Floune, héroïne porteuse d’espoir et de renouveau, dont le projet d’écrire ses mémoires dans une graphie innovante proche de l’alphabet phonétique vise à trouver un sens au poids de l’Histoire, véritable but de sa quête et de ce récit aux accents philosophiques et ethnographiques.

Ce roman polyphonique de Mélanie Minier propose une histoire touchante qui impressionne fortement les esprits. Il montre avec réalisme la vie de jeunes de la DPJ qui n’ont pas eu de chance ni de stabilité, qui ont manqué d’ancrage et d’amour, et qui continuent à perdre le contrôle à l’âge adulte. Le rythme du roman soutient l’intérêt des lecteurs en reconstituant, d’un chapitre à l’autre, un passé fragmenté où se croisent abandon, quête des origines, héritage familial et problèmes de santé mentale. Une certaine fatalité s’abat sur plusieurs générations de ces laissés pour compte, victimes de la violence, d’une famille absente ou dysfonctionnelle, de la toxicomanie et d’un système dont il n’est pas facile, voire impossible, de se sortir. L’oralité de l’écriture et les dialogues crédibles permettent d’entrer dans la tête des personnages pour en comprendre la psychologie. Les quatre voix des protagonistes aux perspectives différentes sont particulièrement bien rendues et délivrent avec subtilité leurs secrets, leurs traumatismes et leurs choix déchirants.

 


 

Catégorie Jeunesse

 

Avec Moche et Nono, Caroline Décoste sublime une situation toute simple en une leçon réjouissante sur la perception, l’unicité et les liens qui unissent les êtres. Grâce à une construction inventive qui permet une lecture dans les deux sens, l’album tête-bêche offre deux regards complémentaires sur une même relation et rappelle que chaque histoire dépend souvent du point de vue adopté. Derrière les reproches, les maladresses et les jugements lancés à l’autre se dévoile peu à peu une tendresse sincère, celle qui accepte les imperfections sans les effacer. La plume de l’autrice, claire et accessible, rejoint les jeunes lecteurs par sa simplicité calculée. Les illustrations de Bach accompagnent avec vivacité ce jeu de perspectives. Drôle, ingénieux et profondément bienveillant, cet album célèbre l’affection véritable, la réciprocité, celle qui fait en sorte d’être pleinement acceptés pour ce que nous sommes avec l’idée douce d’avoir « son imbécile à soi ».

Dans Skidoo et loups-garous de Sébastien Gagnon et Michel Lemieux, le folklore, le fantastique et l’adolescence se rencontrent avec une étonnante synergie. Leur prose, à la fois rugueuse et imagée, puise dans la forêt et la culture populaire pour créer une atmosphère singulière, traversée par une écriture typiquement québécoise. Les titres de chapitres inspirés de chansons ajoutent une touche originale. La construction du récit, habilement orchestrée, maintient la curiosité et déjoue les attentes. Chaque personnage possède une présence marquée et contribue à la progression d’une intrigue qui gagne peu à peu en intensité. Les auteurs manipulent les codes de l’horreur avec assurance, entraînant les lecteurs vers une dimension de plus en plus inquiétante et surnaturelle. Sans jamais sous-estimer son jeune public, ce roman s’enfonce dans l’occulte graduellement afin que le mystère continue d’effrayer bien après la dernière page.

Emmanuel Simard invite les jeunes lecteurs dans un espace amusant où les mots s’envolent librement, portés par une imagination débordante et une plume poétique pleine de fantaisie. Dans Le nid, chaque association d’idées devient une surprise. La langue, musicale et inventive, révèle un sens aigu du jeu et se prête admirablement à la lecture partagée à voix haute. L’auteur compose un paysage littéraire impressionniste où l’humour côtoie la douceur, où l’absurde fraye avec la créativité, dans une forme qui rappelle parfois la spontanéité du cadavre exquis. Les illustrations de Martina Motzo prolongent cet univers foisonnant en apportant leur propre éclat aux péripéties du récit. Au cœur de cette aventure ludique, le personnage de l’écureuil évolue jusqu’à devenir une figure essentielle, symbole du lien et de la collaboration. Par sa fraîcheur, son intelligence et son regard ouvert sur l’autre, cet album célèbre le pouvoir rassembleur de l’imaginaire.


 

Catégorie Intérêt général

Présentée par l’Université du Québec à Chicoutimi

 

En nous ramenant à nos racines, Terre des humbles fait briller la fibre patriotique régionale en exposant l’histoire du premier siècle de peuplement au Saguenay–Lac-Saint-Jean comme une épopée, incluant les événements historiques majeurs et les différents aspects du développement. Dans cette excellente synthèse, destinée à quiconque s’intéresse aux témoignages rapportés des bâtisseurs et aux efforts titanesques des pionniers et des défricheurs, l’auteur privilégie l’expérience des habitants du pays sans oublier celle des Innus. Sans tomber dans une hagiographie, Gérard Bouchard ne cache pas son amour des « petites gens » ainsi que son profond respect pour la résilience des générations sacrifiées. Cette œuvre utile, nécessaire, remue les lecteurs en les obligeant à reconnaître le courage et l’abnégation de celles et ceux qui nous ont précédés. C’est un testament sans jugement qui force à regarder en face notre situation de privilégiés et à qui nous la devons. Cet ouvrage fouillé, complet, représente le projet ultime d’une longue carrière de chercheur.

Jocelyn Saint-Pierre sait comment raconter l’Histoire, et cette biographie de Jean Lesage, premier ministre du Québec associé à la Révolution tranquille, le prouve hors de tout doute. L’auteur n’essaie pas d’encenser le politicien et le dépeint dans toute sa complexité. Sans complaisance, il fait l’éventail de son caractère en brossant un portrait franc et fascinant de l’homme méconnu malgré les nombreux hommages toponymiques. Devoir de mémoire sur l’évolution des idées, il rend justice à l’un des personnages les plus oubliés, souvent éclipsé par Jacques Parizeau ou Paul Guérin-Lajoie. En se familiarisant avec la vie politique de cette époque, les lecteurs peuvent s’apercevoir de son rôle dans la cristallisation de ce renouvellement idéologique et social québécois. L’ouvrage est basé sur un travail de recherche et d’analyse remarquable. Fait intéressant, les divergences d’opinions entre René Lévesque et Lesage sont mentionnées avec beaucoup de détails, donnant une vision plus nuancée de cette période visant la modernité d’une société auparavant ankylosée dans la religion et le conservatisme.

Dans ce récit autobiographique, Bogdan Stefan se remémore la chute du président roumain Ceausescu en 1989. Histoire d’un pays en plein bouleversement vécue de l’intérieur par un adolescent de 17 ans, ce texte haletant navigue astucieusement entre hier et aujourd’hui en alternance. Les lecteurs découvrent dans ce livre captivant la Roumanie communiste. Traduisant la réalité de l’enfermement lors d’une dictature, l’auteur nous ouvre les portes de sa maison, nous amène avec lui au magasin vide, dans la cuisine avec sa mère, tentant de comprendre ce qui se passe à travers la télévision, épiant par la fenêtre, s’informant à l’école et dans la rue. Il nous communique les frustrations face aux institutions en place, mais aussi ses rêves d’un avenir meilleur grâce à l’immigration. À l’aide d’une démarche toute personnelle visant à laisser une trace pour son fils né au Québec, l’auteur présente un chapitre historique de son pays d’origine. Il existe quelques œuvres, trop rares comme celle-ci, qui nous offrent un rendez-vous avec l’humanité dans ce qu’elle a de plus simple et de plus profond.


Catégorie Découverte

*Ce prix est décerné à un·e auteur·rice dont la première publication, en lice dans l’une des quatre autres catégories, révèle un grand potentiel à faire œuvre d’écrivain·e.

 

OEUVRE LAURÉATE

Cette première publication de Priscilla Plamondon Lalancette, issue de l’adaptation de son mémoire de maîtrise, laisse entrevoir non seulement de belles compétences en recherche et documentation, mais aussi une voix d’autrice prometteuse. Dans cet ouvrage consacré au fondement et à l’évolution de la gastronomie québécoise, elle arrive à expliquer comment la nourriture peut s’imposer comme un vecteur d’identité culturelle incontournable. Son travail minutieux transmet des connaissances fort intéressantes sur l’alimentation au Québec grâce à une divertissante évocation et explication de notre héritage gourmand. Son écriture journalistique, précise et accessible, brosse un tableau objectif et rigoureux des tablées québécoises à travers le temps, au point que les lecteurs puissent s’exclamer : « C’est nous autres dans l’assiette! ». Avec ses photos, ses couleurs et le ton enthousiaste de l’autrice, l’ouvrage fait briller notre patrimoine culinaire, dont la cuisine nordique n’a rien à envier à celle des autres pays.

Les commentaires des jurys ont été rédigés par Sandra F. Brassard.