Roman

Finaliste

Hervé Gagnon pour Adolphus (Libre expression)

Dès le prologue, le lecteur sait qu’il sera captivé par ce roman aux nombreux rebondissements qui offre un divertissement de qualité. Polar historique passionnant, Adolphus confirme la maîtrise du genre par Hervé Gagnon. Le fait que l’intrigue se déroule à Montréal au XIXe siècle ajoute une plus-value à l’expérience de lecture. Le souci du détail reflète une recherche approfondie qui recrée l’atmosphère et les mœurs de l’époque. Le héros Joseph Laflamme, un journaliste aguerri qui n’hésite pas à élucider les meurtres les plus sanglants, écrit sous forme de feuilleton les avancées de son enquête en lien avec le milieu du cirque et de ses curiosités. Avec réalisme et crédibilité, il résout des crimes d’une grande brutalité tout en maintenant le suspense jusqu’à la fin.

Finaliste

Guillaume Morissette pour Le Visage originel (Boréal)

Le Visage originel s’inscrit parmi les œuvres romanesques les plus intelligentes et actuelles. Le personnage principal, artiste numérique en quête de succès, illustre cette dualité entre ce que nous voulons être et ce que nous savons que nous ne serons jamais. Ses tiraillements, entre narcissisme et haine de soi, le plongent dans des réflexions ontologiques sur la solitude et sur son image ; celle qu’il a, celle qu’il veut ou peut projeter et la nécessité d’un juste milieu. Ce roman s’interroge sur la place que l’individu doit prendre dans le monde contemporain : faut-il participer, s’engager, s’assumer, se commettre ou se détacher et se réfugier dans la passivité ? La pertinence du propos ne tombe jamais dans la lourdeur grâce à un humour ironique, rafraichissant et vivant.

Gagnant

Kevin Lambert pour Querelle de Roberval (Héliotrope)

Dérangeant et provocateur, ce roman de Kevin Lambert s’attaque aux clichés de l’hétéronormativité avec un style cru très assumé. Il raconte l’histoire de Querelle qui travaille dans une scierie de Roberval et qui séduit une multitude de jeunes hommes, ce qui finit par irriter la petite communauté bien-pensante. Quand la grève se déclenche, entre les coups bas mutuels des grévistes et des patrons, le climat dégénère dans une spirale de violence décomplexée. Les dérapages mettent en évidence l’ignorance, l’intolérance et les clivages sociaux. Jusqu’où ira cette tragédie grecque moderne ? La situation est poussée jusqu’à son extrême limite. Un enchaînement de scènes épiques d’une intensité incroyable mène à une explosion cathartique de haute voltige.

Récit, Contes et Nouvelles

Finaliste

Jean Désy pour Être et n’être pas (XYZ)

Par cette chronique d’une crise nordique, Jean Désy partage simplement et sans affectation ses multiples attentes, tant celles pour atteindre sa destination que celles pour enfin soigner les Inuits dévorés par une souffrance collective. Le titre Être ou n’être pas évoque les contradictions de l’auteur dans son rapport au Nunavik. Il profite des espaces naturels grandioses, se ressource dans la toundra, mais fait face à des problèmes sociaux préoccupants. Cri du cœur, ce récit dévoile l’ambivalence de la pratique de la médecine dans le Nord, les fatigues physiques et morales du médecin, mais aussi son attrait irrésistible pour les paysages nordiques et ses visages radieux. Il traduit un questionnement qui demeure entier, mais à partir duquel le lecteur saisit les misères humaines et le désarroi de ceux qui en sont les témoins.

Finaliste

Charles-Philippe Laperrière pour Gens du milieu (Le Quartanier)

Charles-Philippe Laperrière, dans Gens du milieu, regroupe des personnages qui occupent une place bien en vue, voire jalousée. Cependant, il sait utiliser les mots comme autant d’outils pour faire découvrir en quelques pages que tout n’est pas si enviable, que chaque légende vivante ressent des douleurs, des deuils. Par une série de microhistoires ayant comme dénominateur commun le destin inévitable de tout être, la mort, parfois douce parfois violente, est explorée dans un élan existentialiste. Avec un style personnel, une fine analyse psychologique et une imagination débordante, l’auteur alterne avec maestria le pathétique et le comique, le dramatique et le dérisoire pour créer un recueil aux portraits variés sur la médiocrité ordinaire de l’existence.

Gagnants

Frédérick et Jasmin Lavoie pour Frères amis, frères ennemis (Somme toute)

Même s’ils sont frères, deux pays voisins s’affrontent, l’Inde et le Pakistan, dans ce livre articulé autour de la dualité et la rencontre de l’Autre. Exilés loin de leur Saguenay natal dans chacune de ces contrées ennemies, deux frères journalistes, Frédérick et Jasmin, s’écrivent des lettres sur leur vécu, la situation géopolitique compliquée et le sort des populations. En vivant ce conflit de l’intérieur, ils donnent accès aux coulisses du journalisme et des voyages. L’alternance des voix contribue au rythme soutenu et bonifie les explications sur les enjeux internationaux. À l’heure du texto, dans un monde dans lequel les inégalités sociales se répandent, on retrouve avec joie les charmes d’une correspondance traditionnelle où la tendresse et la complicité familiale émanent des textes.

Intérêt général

Finaliste

Chantale Proulx pour S’affranchir (Fides)

Chantale Proulx, dans S’affranchir, se questionne sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Malgré la difficulté de comprendre ce phénomène, l’auteure arrive à l’expliquer grâce à des exemples puisés dans la littérature, la philosophie et le cinéma. Les références littéraires, notamment celles à L’Odyssée d’Homère comme guide de la quête de l’Homme vers la maturité, permettent au lecteur de mieux suivre son raisonnement en rendant les concepts plus concrets. Écrit avec élégance et érudition, cet essai démystifie le comportement de l’adolescent en général, mais aussi celui de la société moderne qui s’enlise dans une conscience adolescente. La pensée affinée, enrichie, affirmée et construite de l’essayiste ouvre la voie à l’émancipation et à la liberté.

Finaliste

Cynthia Harvey pour Portrait du romancier en bouddha (Nota Bene)

Portrait d’un romancier en bouddha relève le défi de revisiter trois auteurs français du XIXe siècle, Balzac, Flaubert et Zola, à la lumière de la philosophie bouddhiste. Pour illustrer cette association plutôt originale, Cynthia Harvey va au bout de toutes ses analyses. Par un souci de rigueur inébranlable, elle couvre les sources qui confirment sa thèse et y joint les ouvrages qui l’infirment. Non seulement elle parvient à les intégrer, mais elle le fait d’une manière fluide et sans prétention. Sa sensibilité rend cet ouvrage délicieux. Elle arrive à communiquer une information vaste et savante dans un très court essai : elle fait preuve d’une économie de mots sans être statique. La richesse intellectuelle de ce livre permet de croire qu’il sera cité régulièrement et longtemps.

Gagnant

Dave Noël pour Montcalm, général américain (Boréal)

Dans son essai qui deviendra une référence incontournable, Dave Noël propose une vision novatrice de Montcalm : s’il a fait de mauvais choix, il n’est pas l’ignorant et l’incompétent personnage qu’en a retenu l’Histoire. Pour appuyer sa position, l’auteur n’isole pas seulement les sources, mais il revoit entièrement l’historiographie. Rarement a-t-on vu une œuvre aussi complète sur la présence française en Amérique au moment de la Conquête. Ce qui en fait un ouvrage unique, c’est la description et le traitement du commandement militaire et le rôle des deux principaux chefs. La vision, les motivations et les actions de l’envahisseur anglais n’ont pas été oubliées. L’apport des alliés autochtones ainsi que des colons canadiens y est aussi bien montré.

Jeunesse

Finaliste

Rollande Boivin pour Kateri et le corbeau (Bayard Canada)

Romantique et mystique, Kateri et le corbeau est inspiré de croyances algonquiennes et de faits historiques. À 14 ans, l’héroïne, une jeune métisse, doit choisir entre ses deux noms, Catherine Pelletier ou Kateri Tegushick, selon les coutumes qu’elle décide d’embrasser : celles de son père blanc ou de sa mère autochtone. Ce roman jeunesse porte un regard inédit sur la cohabitation de ces deux peuples en sol québécois. Le récit, peuplé d’esprits, d’animaux magiques et de vénérables aïeules, se déroule au gré des saisons dans une nature nourricière, tantôt fabuleuse tantôt cruelle. L’écriture littéraire, très soignée et poétique, enseigne aux jeunes lecteurs la beauté de la langue française tout en leur transmettant des connaissances sur la culture et la littérature amérindiennes.

Finaliste

Jean Désy pour Tuktu (Les heures bleues)

Illustré par Jean Hudon, Tuktu est un court roman jeunesse qui s’inscrit dans la lignée de l’œuvre de Jean Désy : son amour viscéral pour le Grand Nord et ses habitants prend ici les traits de Joanassie, un jeune Inuit élevé par une mère adoptive à Montréal. Pour renouer avec ses origines, un ami de la famille lui enseigne à chasser le caribou sur le territoire de ses ancêtres au Nunavik. Cette immersion va pourtant bouleverser le garçon qui a grandi loin de la terre des siens. Un grand respect envers l’enfant et ses émotions ponctue cette histoire qui traite la question de l’identité avec bienveillance et sagacité. Conscient des problèmes de son peuple, Joanassie développe la fierté d’y appartenir et découvre la possibilité d’être heureux sans se laisser contaminer par la violence du monde.

Gagnante

Geneviève Pettersen pour 13e avenue, tome 1 (La Pastèque)

Cette bande dessinée, écrite par Geneviève Pettersen et illustrée par François Vigneault, séduit par son audace stylistique et l’efficacité de sa trame narrative. Bien structuré, le texte aux allures d’abord réalistes entraîne graduellement le jeune lecteur dans une dimension paranormale. De façon habile, des indices sont parsemés sous forme de détails pour mieux transformer le décor urbain des ruelles de Rosemont en lieu surnaturel. Abordant des thèmes tels que le deuil et le déracinement, ce livre montre un héros qui apprivoise ses peurs et surmonte les épreuves avec résilience. Ce premier tome de la série 13e avenue met en scène des personnages charismatiques et mystérieux qu’il sera fascinant de voir évoluer dans cet univers romanesque fort attirant.

Poésie et Théâtre

Finaliste

Steve Gagnon pour Pour qu’il y ait un début à notre langue (L’instant même)

Steve Gagnon propose une pièce de théâtre au souffle puissant. Le dramaturge montre une féroce acuité linguistique par la critique de la société de son personnage central qui meurt lentement du cancer des os. À travers la voix de ses parents, on découvre sa vie, on mesure l’ampleur d’une radicale quête de sens l’ayant amené à suivre son meilleur ami jusqu’au paroxysme de la folie. Les perceptions brutes véhiculées dans les monologues d’une galerie de personnages bien découpés déstabilisent par leur humour cinglant. Le gouffre qui sépare les générations et le sauvage besoin de révolte qui en découle apportent au texte une impressionnante tension narrative. La puissance de cette œuvre lui vient de sa fulgurante intransigeance dans la recherche de soi.

Gagnante

Marie-Andrée Gill pour Chauffer le dehors (La Peuplade)

Ce recueil magnifique est porté par une écriture simple, accessible, authentique qui marque par son pouvoir d’évocation et son intelligence émotionnelle. N’ayant pas peur du ridicule, l’auteure embrasse la vérité des sentiments provoqués par la rupture. Le deuil amoureux s’exprime à travers les sursauts du cœur et du corps. Le thème de la séparation prend une forme inédite grâce à la poésie de Marie-Andrée Gill que l’on peut qualifier d’« épiderme sensible ». La beauté s’impose comme la meilleure réponse à la souffrance : la nature et l’écriture se veulent des remèdes pour guérir et se reconstruire. Livrée comme elle est vécue, la douleur est transfigurée par une langue aux émerveillements pluriels. Dans Chauffer de dehors, écrire devient une façon de respirer.

Découverte

Finaliste

Damien Hallegatte pour Le piège de la société de consommation (Liber)

Constitué d’une mosaïque de courtes vignettes à teneur explicative, cet essai a été considéré comme la graine d’un projet plus grand. Damien Hallegatte parvient à vulgariser les tenants et aboutissants des principaux éléments formant la base de cette fameuse société de consommation. Non sans une pointe d’humour, l’auteur réussit à épingler ce conformisme consumériste qui nous guette tous en confrontant les gens qui se croient au-dessus de celle-ci à l’aide d’exemples puisant dans les stéréotypes inhérents au monde de la consommation. Il met en évidence les nouveaux champs de bataille de la compétitivité sociale, là où se joue désormais une certaine forme de lutte des classes. En somme, le rétrécissement des perspectives offertes au consommateur en matière d’alternatives à la société de consommation amène l’auteur à la conclusion que, ne pouvant échapper à ce système, la meilleure chose à faire est de s’y attaquer.

Gagnante

Sonia Perron pour Billydéki (Fides)

Possédant l’ADN d’un best-seller, ce premier roman de Sonia Perron, empreint d’empathie et de respect, a retenu l’attention entre autres grâce à son intrigue palpitante, très bien organisée et ménagée, inspirée d’un fait vécu. Pleine d’espoir malgré la dureté du sujet, l’histoire est centrée sur l’amitié entre des enfants ayant vécu l’enfer des pensionnats autochtones. Elle n’en retient pas que la laideur et met l’accent sur la force des survivants sans jamais donner dans la simple énumération d’atrocités. L’enquête qui se déploie vingt-cinq ans après les faits pour briser le silence et punir les coupables est d’ailleurs beaucoup plus qu’une dénonciation. Bien servi par une narration alternée très réussie, le point de vue des victimes, des agresseurs et des intervenants offre au lecteur un portrait réaliste de ce drame dont le douloureux rappel romanesque constitue à la fois un devoir de mémoire et de commémoration.