Roman

Finaliste

Marie Christine Bernard pour Polatouches (Stanké)

Polatouches, dont le titre évoque l’écureuil volant comme animal totem, est un roman sur la quête d’identité et la réappropriation de soi. Le récit se démarque par ses personnages touchants et crédibles. Plusieurs thèmes contemporains sont abordés avec subtilité et humanité par Marie Christine Bernard, dont l’homosexualité, l’acceptation de soi, la diversité et l’amour sous toutes ses formes. La présence des Premiers peuples enrichit l’intrigue : la réappropriation culturelle de certains protagonistes permet une exploration du quotidien et de l’imaginaire de la communauté crie. Un habile mélange des genres fait en sorte que la réalité et la fiction se côtoient pour le plus grand plaisir des lecteurs qui voient surgir des monstres mythiques dans l’histoire, dont le Wendigo, la rendant captivante jusqu’à la fin.

Finaliste

Lise Tremblay pour L’habitude des bêtes (Boréal)

Tout en finesse, L’habitude des bêtes raconte l’existence isolée d’un retraité et de son chien. Pour apprivoiser les souvenirs douloureux, les liens brisés et la culpabilité, le meilleur remède repose dans la solitude, adoucie par la complicité de sages voisins. Écrite avec la minutie de chirurgienne de Lise Tremblay, dont le style incisif a le don de créer des portraits psychologiques justes et percutants, l’histoire décrit la réconciliation avec lui-même du personnage dont l’évolution se fonde sur l’antithèse entre le professionnel inatteignable qu’il a jadis été et cet homme vulnérable face au destin commun qu’il devient. Dans une nature grandiose où le cycle de la vie s’écoule à un rythme millénaire, où prédateurs et proies naissent et meurent, la vie se renouvelle et la paix finit par revenir, inéluctablement.

Gagnant

Mathieu Villeneuve pour Borealium Tremens (La Peuplade)

Roman du néo-terroir, Borealium Tremens revisite l’histoire régionale en proposant un retour aux sources délirant. Le héros, qui idéalise le patrimoine ancestral, tente de rebâtir la maison abandonnée de son aïeul. Avec le mauvais sort planant sur sa famille, sa quête l’entraînera, tel un gouffre effréné rempli de scènes rocambolesques, de personnages inusités et de situations déstabilisantes, dans le fin fond de Saint-Christophe-de-la-Traverse. Le souffle épique de cette œuvre donne vie à une mythologie de rang insolite et créative. Sous l’emprise d’une lourde hérédité, de la psychose et de délires alcoolisés, l’héritier maudit, possédé par les fantômes qui font perdre le nord aux pauvres fous voulant se réapproprier une terre impossible à cultiver, voit son rêve échouer dans une ambiance apocalyptique.

Récit, Contes et Nouvelles

Finaliste

Danielle Dubé pour Ciel de Kyoto – Carnet de voyage (Lévesque éditeur)

Ce récit de voyage au Japon, écrit sous forme de carnet lyrique, charme les lecteurs par sa fluidité et sa musicalité. L’écriture, cristalline, coule : les mots de Danielle Dubé sont toujours choisis avec soin, jamais banals. Le vocabulaire panaché rend les descriptions vives, lumineuses, d’une précision photographique, comme si l’objectif d’un appareil révélait de menus détails. Le lecteur ressent les fortes émotions partagées au fil des pages, autant à propos des lieux visités qu’au sujet du deuil récent de la mère de l’auteure. Les citations et les références littéraires insérées judicieusement font voir le pays du soleil levant sous un angle culturel. Érudit et instructif, le livre n’en demeure pas moins poétique grâce au mariage parfaitement réussi de prose et de haïkus.

Finaliste

Frédérick Lavoie pour Avant l’après – Voyages à Cuba avec George Orwell (La Peuplade)

Dans ce récit d’enquête journalistique, Frédérick Lavoie offre une réflexion intéressante sur la liberté d’expression et le pouvoir donné aux mots. L’idée d’investiguer sur la parution du roman antitotalitariste 1984 de George Orwell pour aborder le Cuba d’hier à d’aujourd’hui est un riche filon. À travers ce reportage ponctué de fiction, les lecteurs en apprennent davantage sur l’histoire et la politique cubaines tout en croisant des auteurs et des éditeurs qui ont osé diffuser en douce des traductions d’œuvres divergentes. Pour mieux comprendre cette société, l’auteur se paie le luxe de parler avec les gens, de fouiller le fond de leur pensée, d’enquêter sur le terrain. Pédagogue et bon vulgarisateur, il résume un pan d’histoire en prenant des sentiers détournés.

Gagnante

Laurance Ouellet Tremblay pour Henri de ses décors (La Peuplade)

Audacieux, ce récit de Laurence Ouellet Tremblay surprend avec l’univers baroque et poétique d’un concepteur de décors à la perception du monde plutôt marginale. Par ses bijoux linguistiques et ses clins d’œil intertextuels, le talent de l’auteure transparaît dans la langue personnelle et fascinante du narrateur dont le discours oscille entre beauté et souffrance. Une connexion particulière se crée avec les lecteurs, qui apostrophés et jugés, deviennent les interlocuteurs du pauvre Henri, dévoré par sa folie, une cuillerée à la fois. La structure de l’histoire sous forme de brefs tableaux se rapprochant de la bande dessinée contribue au dynamisme de ce texte qui invite à une troublante excursion dans les méandres d’un esprit unique et torturé.

Intérêt général

Finaliste

Gaston Bergeron pour Discours simple ! (Presses de l’Université Laval)

Ce dictionnaire d’expressions et de mots du Saguenay, du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix entendus, perdus et retrouvés dans la tradition française de Gaston Bergeron suscite beaucoup de plaisir : il restera à porter de mains de plusieurs lecteurs comme référence, jeu ou objet de discussion. Ludique, informatif et enrichissant, il explique le dialecte régional en retraçant la provenance des termes, leur signification et les équivalents dans la langue moderne. L’ajout de mots regroupés par centre d’intérêt à la fin du volume facilite la consultation de ceux qui veulent étudier des lexiques spécifiques. Résultat d’une recherche poussée, Discours simple ! s’avère un ouvrage indispensable à offrir aux visiteurs comme cadeau de bienvenue dans la région.

Finaliste

Simon Philippe Turcot et Sophie Gagnon-Bergeron pour Le Festin de Mathilde (La Peuplade)

Ce bel ouvrage hybride relate la création du restaurant Chez Mathilde de Mireille Perron et Jean-Sébastien Sicard, amis de longue date des éditeurs de La Peuplade. Photos et textes font ressentir l’atmosphère festive de cet espace chaleureux consacré à l’expérience gastronomique et musicale. Grâce à sa sensibilité artistique, la photographe Sophie Gagnon-Bergeron a su capter la magie des lieux, des artisans, des produits et des plats. L’auteur Simon-Philippe Turcot a choisi le ton juste pour dévoiler les coulisses de ce sanctuaire du bonheur mené par des entrepreneurs hors du commun qui ont transformé leurs passions en un projet de vie : la cuisine boréale, le bon vin, les pérégrinations autour du globe, la mycologie, l’ornithologie, les arts et la splendeur de Tadoussac.

Gagnant

Mustapha Fahmi pour La leçon de Rosalinde (La Peuplade)

Dans cet essai, Mustapha Fahmi dispense un profond enseignement en puisant sa sagesse dans sa lecture humaniste de chefs-d’œuvre philosophiques et littéraires. Avec simplicité et humilité, il élucide des vérités universelles. Son analyse devient un prétexte pour viser le beau et le bien. Cette bienveillance dans les propos s’imprègne dans l’esprit du lecteur qui termine les pages en se demandant : quel genre de personnes est-ce que je veux devenir ? Le plus exceptionnel, c’est que ce texte ne se limite pas à donner des réponses, mais il conduit aux questions d’importance. Comment puis-je regarder au lieu de voir ? Comment puis-je faire briller l’autre, dialoguer avec lui, le reconnaître et le respecter ? La leçon de Rosalinde, voilà un livre édifiant qui tire vers le haut.

Jeunesse 

Finaliste

Rose-Line Brasset pour Juliette à Londres (Hurtubise)

Fidèle à ses hauts standards de qualité, la série de Rose-Line Brasset se poursuit avec les aventures de Juliette en Grande-Bretagne dans la célèbre ville de Londres. Dans cet opus, trois projets occupent la jeune voyageuse : s’initier à la prestidigitation, profiter des attraits de la capitale de l’Angleterre et devenir une bonne gardienne, un défi inquiétant pour une enfant unique. Avec son guide, son carnet d’adresses et son jeu-questionnaire, le livre informe tout en communiquant l’enthousiasme de s’ouvrir à d’autres cultures. Toujours importante, la relation mère-fille occupe une place centrale dans l’histoire et donne envie aux lectrices de vivre la même complicité. Dans ce roman-ci, l’héroïne acquiert de l’autonomie et apprend à devenir responsable.

Gagnant

Yves Trottier pour Tigres bleus I. Le royaume de sable (Les Malins)

Pour les amateurs de fantasie, ce premier tome des Tigres bleus plaira aux filles et aux garçons de 12 à 18 ans férus d’arts martiaux et de mondes futuristes. Les combats, violents et détaillés, divertissent comme ceux des films d’action. Outre les scènes de bataille inspirées des samouraïs, cette saga abrite la civilisation hudorienne, avec ses cultes, ses dynasties et sa carte géographique. Les peuples, qui luttent pour leur survie mille ans après le Grand Réchauffement, se réunissent dans des villages militaires où l’art de la guerre s’érige contre la barbarie. Élevés dans cette tradition de discipline et de maîtrise de soi, Lia et Zaki, jumeaux attachants et complémentaires, aspirent à préserver la paix contre les assauts cruels de Morfydd le Brutal et ses Mandrills rouges.

Poésie et Théâtre

Finaliste

Jean Désy pour Chorbacks (Mémoire d’encrier)

Chorbacks est habité par des images évocatrices. Jean Désy incarne dans ce texte le troubadour du nord, le barde de la nordicité : il lui déclare son amour intarissable. Grisant et enthousiasmant, il met en valeur l’immensité de la nature sauvage, en réinvente le lexique, en réaffirme la diversité. Son rapport euphorique aux grands espaces nourrit sa poésie. Une impression de calme et de sérénité se ressent à la lecture des vers. Le lecteur accède à la tranquillité des sous-bois, au son apaisant des oiseaux et du ruissellement des rivières. Il marche auprès du poète, écoute ses envolées lyriques qui vantent l’extase de voguer librement sur la planète nord. Cette traversée se clôt par les mourances du poète, songes d’une mort prochaine et rêvée dans un décor de glace.

Finaliste

Emmanuel Simard pour Derniers souverains (Poètes de brousse)

Partagé entre tradition et modernité, Derniers souverains d’Emmanuel Simard cherche à réactiver la fierté d’un peuple, à « repassionner » une nation. Ce recueil des grandeurs, portant l’ambition du « nous », tente de renouveler le patriotisme québécois. Une parole collective jaillit des évocations nostalgiques des temps anciens, de la terre, des paysages immaculés, des filles et des fils d’un pays. Adaptant au monde contemporain le mouvement qui animait la Révolution tranquille, le poète se consacre à guérir les blessures du passé, à faire de la mémoire une force vive permettant d’envisager l’avenir. Soutenu par une langue novatrice, cet élan se traduit par une mouvance d’images qui s’entrelacent et transportent le lecteur.

Gagnant

Alain Larose pour La chanson de ma mère (Moult Éditions)

Voilà un recueil qui, calmement, doucement, va droit au but, droit au cœur. Il remplit sa mission du début à la fin : fredonner le dernier chant de la mère vieillissante dont les facultés abandonnent le corps affaibli par l’âge. Délicates, les images sont d’une efficacité désarmante : si peu de mots pour évoquer autant. Pas de flafla, rien ne semble de trop. La mise en espace des courtes strophes fait apparaître une fragile silhouette aimée prenant place dans l’océan de blancheur de la page. Un personnage, un thème : il n’en fallait pas davantage pour rappeler une enfance et une femme autrefois jeune qui s’oublie maintenant. D’une force surdimensionnée, la poésie d’Alain Larose fait émerger les parcelles d’une vie qui s’éteint, comme un souffle, sans artifices, sans tapage.

Découverte

Gagnante

Julie D. Kurtness pour De vengeance (L’instant même)

De vengeance marque la naissance d’une nouvelle voix littéraire, celle de Julie D. Kurtness. Hargneuse mais sympathique, effrayante mais ensorcelante, l’héroïne avoue sa vocation secrète de tueuse en série après avoir découvert accidentellement le plaisir de tuer à l’adolescence. Menant une double vie, la justicière déploie des habiletés de furtivité et d’organisation afin de commettre des meurtres pour éliminer les individus nuisibles. Le style glacial de la narratrice s’adapte bien au personnage cartésien. Cette confession assez inhabituelle donne accès à un point de vue en marge de la société : une vision du monde misanthrope et sanglante. D’une violence libératrice, l’idée simple est menée avec brio et maestria. Ce premier roman est réussi à un niveau rarement égalé.