Sacha

06 octobre 2021

Critique par Micheline Poulin

J’ai lu avec bonheur mon premier «Samuel Champagne». J’avais lu beaucoup de commentaires élogieux sur la plume de cet auteur et j’étais curieuse de la découvrir. Je n’ai pas été déçue.

Le synopsis présente le roman avec exactitude. L’auteur aborde les sujets de l’homosexualité, de l’homophobie et de la masculinité toxique avec sensibilité et délicatesse, mais aussi sans filtre, sans oeillères. Un tour de force! Ce texte porte sur les différences et sur la faculté d’accepter, de tolérer ou de détester ces différences.

Le texte est réaliste. Il présente Sacha, qui débute le cégep et qui rencontre de nouveaux étudiants dans un nouvel environnement. Son groupe de copains et sa blonde fréquentent une autre institution, et il se sent seul. Il décide de ne pas repousser les mains tendues. De surcroît, tous sont sympathiques… surtout Olivier.

Les chapitres sont courts et le texte se lit en un rien de temps. La narration interne permet de comprendre et de vivre les questionnements, l’anxiété, la peur, les mensonges et la honte de Sacha, qui est un personnage nuancé. Il est doux. À un certain point, il peut paraître amorphe, mais il est torturé. Il ne peut être lui-même nulle part. Il ne peut jamais parler ou faire ce qu’il veut. Il est doublement prisonnier. Il ne se sent jamais bien. Il ne se sent jamais à sa place. Il a l’impression de décevoir. Il ne s’accepte pas. Le roman raconte son combat contre la société, contre son entourage, contre sa cellule familiale, contre lui-même. Sacha vit un stress tel que je me suis demandé s’il allait ployer et se redresser comme un roseau ou casser.

«Il faut que je m’habitue à ne pas m’insulter, c’est presque amusant de voir que les mots ”tapette” et ”fif” me viennent plus vite en tête que le mot ”gay”. Encore moins le mot ”homosexuel”, ça fait trop sérieux. Trop de lettres, trop de… de peurs.»

Des personnages secondaires illustrent les comportements et les jugements encore entendus et vus, même en 2021. J’en ai été profondément choquée. À l’opposé, j’ai eu un coup de coeur pour la mère d’Olivier, qui est un modèle d’amour inconditionnel, de compréhension, d’acceptation. J’avoue que j’ai le coeur encore gros juste à penser à ce passage du roman.

Un roman touchant qui m’a fait soupirer et pleurer.

Note: 19/20

Quatrième de couverture:
«Quand j’ai le nez plongé dans un livre ou de la musique dans les oreilles, je suis bien. Mais, dès que je rentre chez moi, dès que mon père ou mon frère me parle, je sens la pression… la déception que je leur cause. On n’a rien en commun, et ils ne savent même pas à quel point. Parce que je me force à leur ressembler, leur mentant sans arrêt. Heureusement que ma soeur existe. Elle est la seule qui s’efforce de me comprendre. Qui sait qu’on n’est pas tous des clones qui aiment la boxe et aspirent à un métier de ”vrai homme”. Qui ne trouve pas insensé qu’un gars puisse apprécier le violon et la littérature. Mais, si je suis honnête avec elle, avec eux, tout va exploser. Je vais devoir faire mes bagages et m’en aller. Plus le temps passe et moins j’ai envie de jouer le jeu. J’ai presque dix-huit ans, je suis au cégep, je me fais de nouveaux amis qui changent tout. Olivier change tout. Il me fait réaliser combien je suis différent des autres membres de ma famille. Il fracasse mon placard à coup de hache. Ou à coup de guitare, c’est plus poétique. Avec des thématiques LGBTQ+ en trame de fond, la collection Kaléidoscope raconte la vie mouvementée d’adolescents et de jeunes adultes qui fréquentent le secondaire ou le cégep. Dans Sacha , la masculinité toxique est abordée.»

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