Sa disparition

05 septembre 2021

Critique par Marie-Philippe Boucher

Le sujet de la vie en CHSLD est venu me toucher droit au coeur. Je ne pouvais pas laisser passer ce livre et je me le suis procuré assez tôt après sa sortie, ce qui ne me ressemble guère.

Entre deux récoltes de jardin et un Umberto Eco un peu lourd à lire, je me suis lancée dans la lecture de ce roman qui me donnait l’impression d’avoir été écrit au bon moment. Après tous ces décès en CHSLD lors de la première vague de la pandémie, dénoncer le traitement et l’abandon de nos aînés me semblait aller de soi.

Une jeune femme part à la recherche de sa grand-mère disparue dans sa résidence. Aidée d’une des infirmières, elle patrouille les chambres des résidents afin de les interroger sur leurs souvenirs de sa grand-mère. De chambre en chambre nous suivons son enquête, qui, bien vite, s’embourbe entre couches sales et pertes de mémoire.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, que j’ai d’ailleurs dévorée. J’ai adoré le passage de chambre en chambre, à la rencontre de ces résidents qui ne vivent pas tous la réalité de la vie en résidence de la même façon. Certains sont si malades qu’ils n’ont plus conscience de ce qui se passe; certains sont peut-être trop conscients pour leur bien et attendent la mort avec frayeur; et il y a aussi ceux qui tirent leur épingle du jeu et ne se démontent pas.

À quelque part, j’avais l’impression de retrouver dans ce roman un peu de l’endroit tentaculaire et rempli de sombres secrets que l’on peut découvrir dans Un hôpital d’enfer, de Toby Litt. Tout comme dans ce roman, la résidence d’Olivia Delachanal semble avoir des limites bien floues. On s’enfonce parfois dans les rêves, on découvre des endroits étranges, puis le temps se mélange souvent, que ce soit dans la tête des patients que dans la trame narrative.

Une lecture qui promettait de montrer la réalité de ces personnes en perte d’autonomie dans un milieu où la bureaucratie est bien trop présente et où il ne reste de l’humain que son nom sur de petits gobelets contenant des bonbons colorés qu’il faut avaler gentiment chaque jour sans dire un mot. Mais finalement, j’ai trouvé bien plus. Une vraie plongée dans la triste histoire des CHSLD et dans celle, un peu moins représentée, de la culpabilité de celle qui, bien qu’elle ne le voulait pas, a suivi le mouvement et abandonné cette grand-mère qu’elle aimait tant.

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