Querelle de Roberval

04 décembre 2020

Critique par Julien Renaud

J’ose.

J’ai décidé de relire certains segments de Querelle de Roberval, que j’ai lu en entier il y a un an et demi, pour vous partager mon appréciation de cette oeuvre ô combien perturbante!

La quatrième de couverture annonce une histoire assez «hard», sur fond de grève syndicale. Mais il faut être un sacré génie pour comprendre entre les lignes que ce roman du Chicoutimien Kevin Lambert pourrait être classé XXX.

Toutefois, la première phrase du livre le révèle: «Ils sont beaux tous les garçons qui entrent dans la chambre de Querelle, qui font la queue pour se faire enculer, il les enfile sur un collier, le beau collier de jeunes garçons qu’il porte à son cou comme nos prêtres portent leurs chapelets ou nos patronnes leurs colliers de perles.»

Je me rappelle très bien avoir apporté ce roman pour un week-end au chalet de mes parents, ne sachant pas les vices qu’il renfermait. À la lecture de cette première phrase, je me suis dit: «Faut pas que je le laisse traîner et que papa l’ouvre demain matin en attendant que je me réveille!»

Si Querelle enchaîne les jeunes hommes, trois d’entre eux s’enchaînent plusieurs fois par jour. «L’ordre dans lequel ils s’emboîtent est toujours le même: le premier, le deuxième et le troisième.»

Ensemble, les marginaux jouissent.

Se mêlent donc les histoires de grève et les histoires de fesses. Elles cohabitent très bien; ce n’est pas deux romans en un. La trame est aussi éclatée et déconcertante que cohérente – si la cohérence existe dans un Roberval en mode «dark Web» réel.

La gang de l’usine est attachante, dans ses qualités comme dans ses défauts. Les personnages sont caricaturaux, grotesques, mais entiers.

Il y a une grande escalade de tensions, jusqu’à un affrontement qui, lui, pourrait être classé 18 ans et plus pour d’autres raisons. C’est sanglant. Violence brute et sauvage. Le fait que certains personnages sont à la guerre pour vivre, mourir ou jouir, alors que d’autres regardent le show avec une frette sur le banc du parc, est à la fois absurde et sympathique. Querelle est de ceux qui y vont à fond, dans tout. Profond, dans tout. À la vie. À la mort. Intense.

Si je vous dis qu’un cadavre viendra satisfaire les fringales du trio de jeunes souillés, avec l’orifice chaud et juteux né d’un coup de batte de baseball, serez-vous surpris?

Kevin Lambert est audacieux, violent, dégoûtant. Et ce ne sont pas des défauts. Au contraire. C’est très bien écrit, parfaitement assumé et déroutant. Ça dépasse l’entendement et, presque voyeur, le lecteur, à moins qu’il soit incapable d’assumer la violence sexuelle et physique, trop prude pour accepter cet univers détraqué, dévore ce livre comme Querelle dévore les beaux garçons.

Ce roman de Kevin Lambert s’avère plus accessible que «Tu aimeras ce que tu as tué», la brutalité et la perversion étant des thèmes plus universels…

Il ose.

Les gens du Lac reconnaîtront les lieux… et, semble-t-il, certains personnages.

La dernière phrase: «L’esprit fatigué, restreint par les quatre murs limitant ses délires, elle attend que reviennent sur la plaine les filous de Roberval afin de se masturber en détaillant, au loin, leurs corps formés de zones d’ombre comblées par les plus belles fleurs de son imagination.»

Pour un public averti et capable d’en prendre. Classé XXX, 18 ans et plus et «à lire».

Oserez-vous?

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