Petit pays

25 août 2021

Critique par Julien Renaud

Quel livre émouvant!

Je suis fasciné par la puissance des histoires qui mettent en scène des narrateurs enfants, mais qui traitent de problèmes d’adultes, de thèmes aussi lourds que le racisme, les coups d’État, la guerre ou le génocide. La naïveté que nous avons perdue permet de faire des constats d’une simplicité et d’une lucidité déconcertantes, de ramener les choses à la base de l’humanité enfouie en chacun de nous.

Petit pays, c’est le récit d’un garçon qui voit la part d’enfant en lui saccagée par la réalité, abattue par la guerre. Dans un Burundi qui se déchire, suivant les traces du génocide du Rwanda, d’où est originaire sa mère, Gaby tente de «rester un enfant», de s’accrocher au bonheur de son impasse, là où il s’amuse avec ses copains, Hutu ou Tutsi, à construire des radeaux et à décrocher des mangues. Et aux épreuves normales, comme la séparation de ses parents ou la menace d’un ennemi d’école.

«J’érigeais mon bonheur en forteresse et ma naïveté en chapelle.»

Plus sensible au tragique, il sera le dernier à céder, malgré lui, alors que tout s’effondre.

«Gaby, c’est la guerre, insistera un copain.
– Mais on est qu’une bande d’enfants.»

Lorsque sa mère revient du Rwanda inexpressive, avec une voix sinistre, altérée par les horreurs qu’elle vient de constater, et que le Burundi répète l’histoire, la guerre et la mort deviennent concrètes, inévitables. Soudainement, la colère remplace la peur. Sa famille – ou ce qu’il en reste – est menacée, ciblée. Impossible d’éviter la noirceur.

«Nous avions entendu des choses, mais nous n’avions rien vu. […] La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre.»

Avec le recul, pour Gaby, le bonheur, c’était «la vie sans l’expliquer»; «la guerre, c’était peut-être ça, ne rien comprendre».

«Des hommes en assassinaient d’autres en toute impunité, sous le même soleil de midi qu’autrefois.»

J’ai tellement apprécié cette lecture que j’ai tenté de ralentir mon rythme pour en profiter davantage. Les descriptions sont sublimes; les émotions sont tangibles.

«Chaque nuit, nous dormons sur des tisons ardents et nous voyons les flammes s’élever au-dessus du pays, des flammes si hautes qu’elles dissimulent les étoiles que nous aimions admirer.»

On y trouve aussi une ode à la littérature, à son infini d’univers pour échapper à la réalité. Et c’est une façon concrète de saisir l’histoire et ses chapitres terribles.

«Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. C’est ce qui me paraît bien plus cruel encore.»

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