Nouvelle-Orléans

31 octobre 2016

Critique par Julien Renaud

D’abord, je me dois de préciser que j’ai été surpris de voir ce livre classé «jeunesse». À mes yeux, c’est plus un mélange de thriller et de roman historique, mais écrit de façon à rejoindre aussi les ados – pas trop jeunes.

«Psychose meurtrière par esclaves interposés», est-il écrit au dos de «Nouvelle-Orléans» de Camille Bouchard, une description tellement juste qu’elle demeure floue. Napoléon le musicien et Marinette Amande la prostituée défieront Duromarin l’éminente. Napoléon le justicier et Marinette la prêtresse vaudou ont défié Duromarin la psychopathe.

J’ai dévoré ce roman qui se lit tout seul. L’intrigue évolue rapidement, l’écriture ne s’enfarge dans aucune acrobatie stylistique, l’action triomphe sur la description, la police de caractère est énorme, les pages sont aérées… et peu nombreuses. On pourrait ainsi penser que c’est un roman «de base», et oui, c’est le cas, je pense. Mais attention! Ce qui pourrait sembler un important défaut est ici une immense qualité.

En lisant «Nouvelle-Orléans», j’ai découvert un auteur accessible et universel. Camille Bouchard mérite des éloges, car rares sont les romans qui peuvent à la fois satisfaire un lecteur qui n’a jamais aimé lire, un lecteur recrue et un lecteur qui a du vécu, et je suis convaincu que cette oeuvre réussit ce tour de force. D’ailleurs, devant ce constat, je me demande pourquoi Camille Bouchard n’est pas un des romanciers les plus connus – et lus – du Québec. J’ai deux autres de ses romans qui traînent sur ma table de chevet depuis deux ans, et j’ai bien hâte de m’y plonger. J’espère confirmer cette première impression.

Pour revenir à l’oeuvre, l’intrigue de «Nouvelle-Orléans» est complexe, détaillée et inédite. Tant d’actions en si peu de pages! En plus, on alterne entre l’action et le procès qui la suit, une formule loin d’être originale. Je pensais d’ailleurs que ça allait briser le rythme ou verser dans le cliché, mais c’est tout le contraire. Les chapitres sont tellement courts qu’on n’a pas l’impression de s’arrêter, et chaque segment de procès poursuit le cours de l’action. Ainsi, le piège de la répétition est complètement écarté. Et ce procès, qui se déroule dans une époque lointaine (1842), permet à l’auteur de verser – subtilement – dans la critique de la justice favorable à l’élite. Napoléon le musicien sait qu’il a deux prises contre Duromarin l’éminente. Mais les faits sont les faits, et ce récit ne ment jamais.

Un livre qui accomplit ce qu’un livre doit accomplir: donner envie de tourner la prochaine page.

Chapeau, Camille Bouchard!

***

Pour lire la critique de Ce vide au-dessus de nos têtes, du même auteur, cliquez ici

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