Manikanetish

30 septembre 2021

Critique par Julien Renaud

Quinze ans après avoir quitté le territoire innu qui l’a vue naître, Yammie y retourne pour enseigner le français dans une école secondaire, laissant derrière elle un conjoint qui la regarde partir, pour s’engager auprès d’«une vingtaine d’adolescents, disparates, des gars, des filles, timides et blagueurs. Des adultes en train de naître. Une génération d’enfants qui ont en commun les rues tranquilles sans feux de circulation. Les promenades à la plage sur l’heure tardive, main dans la main. La nostalgie».

L’établissement scolaire a été baptisé Manikanetish, «Petite Marguerite», à la mémoire d’une femme sans enfant ayant pourtant passé sa vie à en élever plusieurs dizaines. Cette symbolique prend tout son sens au fil du roman. Yammie est une enseignante qui apprend sur elle et qui accepte de se montrer vulnérable, bâtissant ainsi un pont avec les jeunes, surtout dans les activités parascolaires, au théâtre ou en forêt.

Rapidement, Yammie se nourrit au contact de ces jeunes et les accompagne du mieux qu’elle le peut, de façon humaine, avec une empathie qui réchauffe le coeur. Ils marqueront sa vie à jamais; elle aussi, inversement. Surtout dans la préparation d’une pièce de théâtre pour la fin de l’année, une oeuvre collective qui révélera les plus belles couleurs de chacun.

Double portait de l’identité autochtone et de l’enseignement, à doses égales, Manikanetish ne bouscule pas. Naomi Fontaine nous offre une unité de réel, à partir de laquelle on peut réfléchir à notre façon. C’est un roman d’émotions, d’humanité.

Oui, il est question d’inégalités, de suicide et de racisme, mais toujours de la bonne manière, souvent par témoignage. «Ce jour-là, j’ai moins admiré leur capacité à rester solidaires envers Myriam que leur ténacité. L’une des leurs vivait un moment difficile, peut-être le moment le plus tragique qu’elle aurait à subir durant toute sa vie, et ils gardaient la foi. Ils savaient qu’elle surmonterait cette épreuve et reviendrait pour finir ce qu’elle avait commencé. Ce n’était pas de la candeur.»

Évidemment, l’attachement au territoire et l’identité prennent la place qu’ils méritent. «Nous étions ailleurs, très loin des livres et des bureaux. […] Plus loin encore que tous les endroits où j’avais déjà posé les pieds. Et pourtant nous étions si près. Si près de soi.»

Le moment qui m’a le plus ému se trouve à la toute fin, alors que Yammie dévoile les petits mots qu’elle a écrits pour dire au revoir aux élèves de sa classe. Des phrases comme «Parce que l’humain est beau lorsqu’il choisit sa vie» et «Moi aussi, j’avais des barrières à abattre» témoignent du cheminement personnel de l’enseignante, de tous ces petits et grands apprentissages de la vie qu’elle tente de partager avec eux.

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