L’enfant mascara

23 juin 2021

Critique par Julien Renaud

Avec ce livre, Simon Boulerice vient de confirmer sa place au sommet de mes auteurs favoris. Chaque fois que je me plonge dans l’une de ses oeuvres, peu importe le format, j’ajoute une perle au collier de son génie.

L’enfant mascara transpose dans la fiction le meurtre transphobe de Leticia (Lawrence Fobes King), 15 ans, commis le 12 février 2008, dans une école secondaire d’Oxnard, en Californie. Brandon McInerney, 14 ans, «lui a tiré dessus à deux reprises après que King lui eut demandé d’être son valentin».

Simon Boulerice rend le plus beau des hommages à cette victime, lui dédiant une oeuvre émouvante et pertinente. Une oeuvre qui élève les étoiles de la perfection.

«Tu auras mal pris mon amour, j’imagine. […] Tu peux prendre ce qui suit comme le journal de mon amour pour toi. Ou l’objet de ta haine pour moi.»

Au fil de la lecture, on gambade sur le chemin d’affirmation de Lawrence – éventuellement Leticia. On court sur la piste d’un amour sans mesure pour Brandon, populaire sportif. On s’accroche les pieds dans une cour familiale cabossée par un père qui déteste et qui blesse. On marche sur la pointe des pieds dans les corridors d’une école parfois vaste, parfois étroite d’esprit. On ralentit le pas pour saisir les nuances derrière chaque déposition. Et, à quelques occasions, on valse sur des pages décorées d’un poème.

Tout ce parcours se fait sans emprunter un seul détour. Leticia s’affirme en droite ligne, sans zigzag, la tête haute, le regard convaincu, les yeux brillants, une lettre d’amour trash à la main. Simon Boulerice l’imite, avec une œuvre franche, entière et marquante. Et je les ai suivis, lisant le roman d’un trait, conquis et investi.

Des phrases puissantes pétillent à toutes les pages – ou presque. «Nous sommes de la même respiration.» «Je suis magnifique si découvert.» «Je suis le vent entre tes cheveux.» «Je rentre chez moi en larmes silencieuses.» «Une fée dans le mauvais corps.» «Je suis preneur de tout ce qui vient de toi, ton mépris comme ta beauté.»

De là-haut, Leticia chante «Listen to the song here in my hearth / A melody I start but can’t complete» en attendant la sortie de prison de celui qu’elle aime encore autant. «Je serai ta sentinelle le reste de ma mort.»

«À Lawrence Forbes King,
dite Leticia,

et les autres»

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