Le meilleur des mondes

04 mai 2021

Critique par Julien Renaud

Prédestination + Conditionnement + Soma = Bonheur individuel = Stabilité sociale = Croissance économique = Bonheur collectif

Bienvenue dans un monde où tout est prévu, calculé, dont votre bonheur. Où chacun a sa place, sa classe sociale, son emploi. Où chaque cellule est conditionnée de façon à ce que chacun se satisfasse de son sort, puisque «le secret du bonheur, c’est d’aimer ce qu’on est obligé de faire». Où le Soma, un stimulant neuronal, comble tout ce qu’il reste à combler. Où l’hypnopédie rappelle les mantras d’une société parfaitement équilibrée. Où tout se passe dans la limite des murs, sous surveillance.

Inspirée du roman du même nom d’Aldous Huxley (1932), cette adaptation contemporaine nous plonge dans un monde futuriste qui nous semble un peu trop réaliste. On se plaît à découvrir toutes les facettes de ce conditionnement, dans une forme théâtrale hyper accessible, tangible et fluide, comparable à un épisode de Black Mirror. Tout est concret; tout est intrigant.

On suit d’abord Bernard, Lénina et Helmholtz, animateurs de séances de conditionnement. Rapidement, on se rend compte que Bernard semble moins bien formaté que ses semblables, qu’il a possiblement «un défaut de fabrication», ce qui se concrétise lorsqu’il accepte d’héberger clandestinement chez lui une mère et son fils, Linda et John, des «êtres vivipares» venus de l’extérieur des murs, du «dehors».

Si Linda veut retrouver sa vie d’avant, le bonheur formaté, John n’arrive pas à accepter ce monde dépourvu de sensibilité, d’émotivité, d’amour et de souffrance. De sens.

«Les choses sont pas obligées d’avoir une signification», lui dira Lénina.

Nourri par un sentiment de vide et indigné par le détachement de ceux qui ont décidé d’«arrêter de devenir», le jeune homme tentera d’orchestrer une rébellion, en misant sur Hamlet, pour que les gens souhaitent enfin goûter à l’humanité.

John, l’Enfant naturel, vedette instantanée, réussira-t-il à inspirer la révolution ou sera-t-il absorbé par le système?

«Être ou ne pas être?» Telle est la question.

Énorme coup de coeur pour cette pièce signée Guillaume Corbeil! À lire et (sûrement) à voir!

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