La traque du Phénix

06 décembre 2020

Critique par Micheline Poulin

Sur un piano public du Vieux-Montréal, un vagabond à l’esprit torturé exécute à la perfection un concerto de Rachmaninov.

Le même homme, incapable de dire son nom ni d’où il vient, peut transformer un ragoût en repas divin, solutionner d’impossibles calculs et échanger des propos décousus dans n’importe quelle langue. Encore, le prodige anonyme disperse dans les coins malfamés d’éblouissants graffitis, dont la signature orientale, énigmatique, jette sur lui de lourdes suspicions.

Qui est donc cet inconnu à la tête de naufragé qu’on surnomme «le Phénix»? Quels liens le rattachent à une pianiste chinoise virtuose, un pâtissier espagnol magistral, une mathématicienne anglaise surdouée, et tant d’autres génies à travers le monde? Un improbable tandem formé d’une travailleuse de rue, dévouée et candide, et d’une neuropsychologue, opiniâtre et incrédule, se lance sur la piste de l’oiseau rare.

Portée par une écriture somptueuse, cette odyssée nous pousse aussi loin qu’à Babylone, à la conquête des mystères du génie et des vertus salvatrices de l’art.

Une valise au rebut emporte l’identité et l’argent d’un homme en pyjama de soie caché dans une ruelle de Montréal. Un écorché dans la cinquantaine qui décroche. Quelle entrée en matière du roman «La traque du Phénix» de Marie-Anne Legault!

Le désormais sans-abri refait surface à l’Accueil Bonneau. Il ne sait plus son nom et il craint tout. Il a de nombreux tics, démangeaisons, chasse des mouches imaginaires, parle peu et évite tout contact visuel. Mais il a marqué Sarah Dutoit, travailleuse sociale oeuvrant dans les refuges de la grande ville. Un jour, près de la Pointe-à-Callière, elle l’entend interpréter à la perfection du Rachmaninov sur un piano public. Un virtuose de tous les médiums: il peint sur les monuments désaffectés, il parle plusieurs langues dont le cantonnais, il cuisine comme un chef, il a la bosse des mathématiques. Sarah s’en ouvre à sa meilleure amie, Régine, neuropsychologue. Dès lors, celui qu’elles surnomment le Phénix devient un mystère à élucider. Qui est-il? Que lui est-il arrivé? Comment l’aider?

J’ai adoré le personnage du Phénix et l’énigme qu’il représente. Sarah est fabuleuse et son empathie la rend attachante dès la première page. Un autre point fort est Montréal, personnage rendu lumineux par notre magicien errant, avec ses quartiers et lieux particuliers, dont le Silo numéro 5.

Le vocabulaire imaginé, dense et d’une richesse indéniable m’a séduite. Des instantanés quasi encyclopédiques démontrant le génie de l’homme, la recherche de la perfection et l’obsession de la créativité m’ont entraînée à travers le temps et aux quatre coins du monde. J’ai adoré lire le journal d’un Babylonien et suivre un poète dans les tranchées en 1915 ou une ambulancière capable de décoder des messages secrets dans une Londres bombardée…

Un roman à savourer.

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