La bête et sa cage

06 janvier 2021

Critique par Julien Renaud

Dans le deuxième volet de la trilogie La bête de David Goudreault, le narrateur est tout aussi naïf et pathétique. On le retrouve au pénitencier, pour un crime commis à la fin du premier volet, dans une aile pour les « coucous », surnom donné aux prisonniers ayant des troubles psychiatriques.

Il y a toute une hiérarchie, des clans pour chaque race, des abus sexuels, un agent corrompu, une machine de tatouage, de l’alcool maison et des plans impossibles. Tous les clichés de prison y sont.

Notre bête aspire au sommet, encore une fois, se voyant même s’évader pour devenir un «hitman» de la mafia italienne de Montréal. Il se verra confier d’importantes missions par le chef de son clan, Bizoune, et se sentira à la hauteur, chaque fois, évidemment.

Mais ce narrateur n’arrive même pas à la moitié de la cheville de son ego. Malgré sa grande volonté et son encore plus grande confiance en soi, il cafouillera et dérogera des scénarios ficelés. Autant pour le contrat du meurtre de son bourreau sexuel que pour la mission d’évasion du «big boss».

Encore une fois, une femme, l’agente correctionnelle Édith, est source de ses fabulations. C’est son amoureuse. En tout cas, c’est clair dans sa tête. Aussi irréfutable que le fait que sa mère l’attendra lorsqu’il réussira à se faufiler entre les barreaux.

Avis aux coeurs sensibles, la cruauté animale trouve sa place dans le récit, une fois de plus, à un moment inattendu.

L’écriture est encore impeccable. Ça se dévore, ça choque et ça fait rire. Il y a plusieurs petits bijoux d’humour absurde ici et là. Encore plus que dans le premier tome. Mention spéciale aux références littéraires, historiques ou culturelles semi-bâclées qui m’ont eu à répétition. On crie souvent au génie de David Gaudreault pour ses images percutantes et ses mots tranchants.

Par contre, les sifflements du narrateur, qui s’est fait éclater la gueule, m’ont dérangé. Les «s» et les «c» deviennent des «f», et à part de rendre le protagoniste encore plus pathétique et risible, je n’y ai vu qu’un frein à la lecture rythmée, comme lorsqu’on tente de déchiffrer le créole d’autres détenus.

Malheureux résultat d’un personnage bien décrit, caricatural et sans nuances, le récit est plus prévisible. La naïveté et la maladresse du personnage ne nous surprennent plus. Il n’y a plus de doute: c’est un raté. Lorsqu’on ne devine pas précisément les fautes qu’il commettra, on sait que fautes il y aura. Vraiment, le plaisir ressenti à découvrir cette bête dans le premier volet m’a manqué. Le strip-tease est fini.

Alors que la fin du premier tome laissait deviner le décor du second, je me demande vraiment sur quel tableau s’articulera le dernier chapitre de la trilogie. Un procès? Encore le pénitencier? Une évasion? Le retour en société à la fin d’une longue peine?

Bien hâte de voir comment la bête saura creuser son trou cette fois…

Pour lire ma critique du premier volet, cliquez ici.

Pour lire ma critique du troisième volet, cliquez ici.

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