Corps célestes

08 avril 2021

Critique par Julien Renaud

Un univers hostile, des personnages déviants et déviés, un lieu très fort, à la fois prison et refuge, des questions délicates, une langue qui s’oppose d’elle-même, parfois lyrique, parfois brutale, le désir tout-puissant, l’odeur de musc, la menace et l’insatiabilité.

Corps célestes, c’est une histoire de famille dont l’action se situe dans le Nord canadien, sur fond de guerre dans l’Arctique. On côtoie une mère et grand-mère malade, ses deux filles, l’une productrice de films pornographiques et l’autre proche aidante, le mari de cette dernière, traumatisé par la guerre, et un adolescent qui cherche à ressentir ce qu’il ne ressent pas, doté d’une intelligence qui fait mal et pour qui «la vie entre […] par un autre chemin».

Le jeune Isaac est un personnage unique, qui personnifie les eaux troubles d’un monde inondé de repères, perdu dans une surdose de sens. Au contact de sa tante Lili s’éveille en lui la rage de tout éprouver, surtout ce qui fait souffrir. Les autres protagonistes sont tout aussi fascinants et mystérieux; leur disparité les unit. Ils sautillent entre la pudeur et l’exhibitionnisme, nous permettant de découvrir leurs cicatrices, leurs nuances.

Corps célestes est un livre qui ne se laisse pas aimer facilement. Comme lecteur, j’en ai émergé troublé, déstabilisé, incapable d’en exprimer une appréciation juste. Peut-être parce que je n’ai pas l’habitude de lire du théâtre; ainsi, j’en ai fait une lecture saccadée, ce qui peut avoir dénaturé le flot du texte.

Mais c’est aussi un livre qui mérite d’être creusé. Les propos de l’auteur, qui honore des théories, en invente et en réinvente, de même que des extraits de mise en scène, sont venus éclaircir mon néant, me permettant d’emprunter des chemins que j’avais ignorés, de me rendre là où l’auteur voulait m’amener. Malheureusement, sans cet apport externe, les lecteur.rice.s pourraient garder un goût amer de la pièce et demeurer dans l’insaisissable.

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