Chercher Sam

21 avril 2021

Critique par Élodie Bordeaux

«Un des deux agents s’approche de moi. Je ne comprends pas ce qu’il veut parce qu’il me parle pendant que je crie. Il me demande de me calmer. Ça ferait du sens. Je le regarde, et soudainement c’est comme si la 47 était tannée d’attendre et qu’elle avait décidé de me rouler dessus après avoir pris son élan.
– Faut que t’ailles recoudre ça, mais d’abord faut que tu te tasses du milieu de la rue, OK?
– J’ai perdu mon chien.
Je tombe à genoux et je vomis en essayant d’éviter les bottes du policier. Il me relève, il m’aide à retourner sur le trottoir et m’asseoir sur le banc. Guy est encore en train de demander au monde s’il aurait pas vu Sam. Le policier essaie de me rassurer:
– T’inquiète pas, on va le retrouver.
– C’t’une fille.
– On va la retrouver. On va chercher. »
(Chercher Sam, p.49)

Sam, c’est le support auquel tu te raccroches quand tu ne sais plus à quoi te tenir. C’est le souffle qui t’aide à respirer quand tu suffoques d’anxiété. C’est le poil que tu peux flatter pour te rappeler que tu es en vie quand tu n’as pas le courage d’ouvrir les yeux pour voir ta réalité. C’est les coups de nez frouillés – froids pis mouillés – qui te forcent continuellement à te relever.

Sam, c’est l’âme qui t’aime pareil même si toi tu ne t’aimes plus. C’est l’âme qui t’aime pareil même si tu as perdu tout le reste.

Tout, tout le reste.

Et quand tu perds Sam, tu perds la seule affaire au monde que tu pensais ne jamais être capable de perdre. Tu perds ton support, ton souffle, ta vie. Encore une fois.

J’avais entendu parler de Sophie Bienvenu et de sa plume par plusieurs personnes, dont ma meilleure amie, que j’estime beaucoup pour ses choix d’auteurs et d’autrices. J’avais des attentes élevées face à elle et j’ai choisi de lire deux de ses premiers romans. J’ai commencé par Chercher Sam, avant de poursuivre avec Et au pire on se mariera – que je m’étais procuré en même temps. J’ai été surprise et complètement absorbée par les deux, mais j’ai lu et relu Chercher Sam et c’est l’un des rares romans qui m’a fait vivre autant d’émotions à chaque seconde durant laquelle je le découvrais et le redécouvrais.

Je refuse cependant de trop en parler ici. Je ne veux ni décrire les lieux, ni le temps, ni les personnages, ni les liens entre eux-mêmes, ni ce qui se passe dans ce roman. Chercher Sam est une oeuvre que seule l’autrice peut présenter et je pense être incapable de rendre ce que j’ai vécu en quelques mots dans une critique littéraire de ce genre.

Je vais donc seulement ajouter ceci : je connais peu de personnes qui n’ont pas pleuré à la fin de leur lecture de Chercher Sam. On ressent toute la douleur du personnage principal, mais aussi tout son amour, tout son espoir et toute sa vie qui éclatent, qui émanent du roman. À ma première lecture, en mars passé, j’avais tellement reçu un coup puissant en lisant les dernières pages que j’ai vécu quelque chose s’apparentant à un deuil lorsque j’ai dû refermer mon livre. Les jours qui ont suivi, je repensais à Mathieu, à Sam, à Lila et aux autres, et je me retrouvais pleine de sentiments qui se bousculaient. Et je pense que c’est exactement ce que Sophie Bienvenu a fait vivre à son personnage principal tout au long du roman: un deuil, triste, déchirant, fort et puissant, laid et beau à la fois; car le deuil, c’est en quelque sorte magnifique, quand on se demande ce que c’est réellement, si ce n’est l’expression de l’amour qui refuse de s’éteindre.

«Je sais même pas si y’a un mot pour dire comment je la regardais fort. Je sais pas si y’a un mot pour dire comment je l’aimais fort.» (Chercher Sam, p. 84-85)

***

Pour lire la critique de Julien Renaud, cliquez ici.

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