Le lièvre d’Amérique

31 octobre 2020

Critique par Julien Renaud

Diane base sa vie sur des indicateurs de performance, sur sa réussite professionnelle, à un tel point qu’elle décide de subir une intervention pour se dégager de toutes les faiblesses humaines qui l’empêchent, croit-elle, de se surpasser. Parallèlement, elle revisite un été fascinant à L’Isle-aux-Grues. «Ce roman, une fable animalière néolibérale, s’adresse à celles et ceux qui se sont égarés.»

Je me suis procuré Le Lièvre d’Amérique en ayant une bonne idée de ce dans quoi je m’embarquais et j’étais très enthousiaste de lire sur le thème du workaholic, une étiquette qui me sied trop bien.

Parfois, quand nos attentes sont trop bien définies, comme lecteur, on oublie de se laisser happer et transporter par le livre, mais ce ne fut pas le cas, cette fois. Rapidement – et le mot est important, car ce roman est très court –, l’autrice a pris le contrôle de mon esprit et m’a guidé, habilement, pour que je n’échappe aucun détail. Rarement, j’avais eu ce sentiment, comme lecteur, de fouiller dans le coin de chaque page pour ne rien manquer.

L’expérience fut à ce point immersive que j’ai l’impression d’avoir fait un vol sans escale. J’ai lu le livre d’un seul trait. J’ai vécu à fond le récit, puis j’ai dû tenter de retourner dans ma vie d’avant, trop rapidement à mon goût. N’est-il pas paradoxal qu’un livre sur le workaholic – et, indirectement, sur son contraire, l’évasion – soit aussi court? Il se termine si vite qu’on n’a pas pu s’échapper de notre rythme de vie. On y est déjà de retour, comme si on n’avait que cligné des yeux. C’est peut-être contradictoire, mais ce n’est pas moins puissant. Ce l’est même peut-être plus, avec le recul. La brièveté, plus grande faiblesse et plus grande force de cet écrit. Définitivement.

Les deux lieux, les deux décors et les deux réalités du récit, qui opposent la métropole et L’Isle-aux-Grues, la ville et la nature et le workaholic au ralenti, incarnent la puissance du texte, tout comme la double écriture, normale ou tellement rapide et sans ponctuation qu’il faut la lire d’un seul souffle, quitte à ce que la tête nous tourne. La fable animalière est aussi bien exploitée. On lit comme sentirait le lièvre. On renifle chaque odeur, chaque page. On creuse.

C’est un livre incontournable, qui fait réfléchir et voyager. J’en aurais voulu plus, certes, mais je ne suis pas resté sur mon appétit pour autant. Au contraire. J’ai seulement un appétit sans fin pour le savoureux et les remises en question.

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